Espace adhérents
 

Inscrivez-vous à la newsletter

Partagez ce site

Stéphanie Stozicky > La leçon de piano

Stéphanie Stozicky n’est pas malheureuse. Certes un peu fatiguée par cette longue journée qui lui a demandé tant de concentration, mais certainement pas malheureuse. Et selon elle on aurait bien tort de la plaindre : «Franchement, le pianiste, il a toujours le rôle sympa, tous les choristes sont aux petits soins!»


Crédit photo : Stéphane Synodinos
Crédit photo : Stéphane Synodinos
Stef est pianiste accompagnatrice sur le Grand Choral pour la première année. Avec beaucoup de gentillesse, parce qu’elle ne sait décidément pas faire autrement, la Lilloise est venue nous parler non pas d’elle, mais du rôle du pianiste au sein des groupes vocaux.
«?Je suis un homme orchestre?!?». Quelques explications et onomatopées plus loin, on a vite fait de comprendre le sens de cette malicieuse formule. En effet elle ne peut compter que sur ses dix doigts et sur les 88 touches blanches et noires de son piano pour «?faire à la fois le b’doum-b’doum de la basse, le riff de la guitare, le rythme de la batterie?».
Ces b’doum-b’doum et ces riffs, Stouf a commencé à les délivrerà l’âge de douze ans à Béthune où, à la fin des années 1990, le groupe vocal Spécimen recherche quelqu’un pour faire parler son clavier devenu orphelin.

Crédit photo : Stéphane Synodinos
Crédit photo : Stéphane Synodinos
Il faut bien l’écouter pour saisir toute la spécificité du pianiste-accompagnateur : «J’ai appris sur le tas en observant d’autres pianistes». Pourtant, elle avait déjà acquis un bon bagage technique grâce à sa formation de musique classique. «Mais ça n’a rien à voir. Sur ma partition de chorale, il n’y a aucune note inscrite, on ne peut y lire que des accords, des lettres qui symbolisent ces accords». Un vrai exercice d’équilibriste! Sans doute, mais elle ne s’en plaint pas, bien au contraire : c’est le prix d’une grande liberté qu’on n’imagine peut être pas côté choristes. Chaque pianiste crée sa partition à partir de ses sensations : «Je choisis mes renversements, mes arpèges, ma rythmique». Stef en viendrait presque à décomplexer le moindre apprenti pianiste : «On peut commencer à accompagner sans forcément connaître les notes, juste les accords».
La remarque vaut son pesant de doubles croches, à une époque où bon nombre de vos chorales se voient dans l’obligation de répéter et de se produire avec des bandes instrumentales enregistrées. A condition quand même, comme elle s’empresse de le dire, d’avoir une bonne oreille pour retrouver les colorations musicales d’un morceau.

Crédit photo : Stéphane Synodinos
Crédit photo : Stéphane Synodinos
Et à condition aussi d’aimer la télépathie à force de travailler avec un chef en particulier, on a vite fait de rentrer dans les méandres tortueux de son cerveau, à lire dans ses pensées, un don qui se révèle loin d’être superflu : «on finit par savoir comment il réfléchit, ce qu’il va faire reprendre aux choristes, et c’est très pratique vu qu’on est au taquet tout le temps». Sans doute est-ce pour cela, selon elle, qu’elle accompagne son premier atelier choral aux côtés de deux chefs qu’elle a déjà pratiqués en d’autres temps et d’autres lieux : Brice avec Spécimen et Martin avec le Choeur Nantes Atlantique.
Ce Grand Choral, elle en parle justement avant de nous quitter : «C’est énorme parce que tu as une masse, une inertie qui t’oblige à tracer clairement ton morceau, ne pas bouger rythmiquement, être claire pour donner des repères aux choristes».
Oui, vraiment, les choristes ont bien raison d’être aux petits soins avec elle car elle le leur rend bien.

Pierre-Antoine Vignolle