Pour l’ouverture des Nuits, 800 collégiens venus des quatre coins du département de l’Aube semblent bien décidés à nous parler en choeur de l’univers de Louis Chedid.
Sur le côté, au dixième rang, un monsieur en chemise blanche et pantalon à carreaux vient de s’installer avec sa tribu, en s’excusant avec un sourire gêné de déranger le rang derrière lui. La salle, elle, est venue pour chanter, alors elle chante, guidée par les indications du chef de choeur Martin Le Ray. Peut-être un peu étonné par l’effervescence qui commence à gagner le Cube, le monsieur se met à filmer avec son téléphone portable tout en chantonnant distraitement. Il semble oublier que, ces chansons, c’est lui qui les a écrites. Car ce monsieur, c’est Louis Chedid.
Retour quelques heures en arrière, dans les coulisses de la grande salle troyenne, pour découvrir cet artiste avec les acteurs du spectacle.
Julie Rousseau, présentatrice de la soirée, des étoiles dans les yeux, nous rappelle les thèmes de prédilection de Chedid : l’enfance et la famille, ce monde qui n’est pas toujours très beau, l’amour qui passe aussi. La jeune artiste a depuis longtemps placé dans son tour de chant des chansons de Louis Chedid : à tu et à toi, Sale dimanche, putain d’amour. En tant qu’auteur-compositeur, elle se dit « touchée par son écriture » et « cette façon très pudique, très intime de dire les choses ». Elle admire sa façon de « dénoncer mais toujours en contrebalançant avec une musique souvent gaie et rythmée ». Louis Chedid n’est pas un donneur de leçons non plus, « il ne joue pas la carte de la culpabilisation puisqu’il se met dans le même panier ». Martin Le Ray explique d’ailleurs que « Chedid est très fédérateur, il a une véritable identité et on reconnaît tout de suite ses chansons, même chantées par un autre ».
à parler avec les gens présents sur le festival, on se rend compte d’un paradoxe rassurant : ce chanteur qui n’embouteille pas inutilement les dimanches après-midi télévisés est pourtant très présent dans les têtes et les oreilles. Et une évidence pointe le bout de son nez : Chedid est un chanteur populaire.
Sans doute, comme le rappelle Maud Galichet, parce que « les mélodies sont hyper-accessibles, mélodieuses et faciles à retenir ». Celle qui dirige le Chœur des collégiens explique qu’on peut ensuite travailler avec eux « la profondeur, la gravité de certains textes ». C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les jeunes qui ont profité de l’occasion pour se pencher par exemple sur la « nazie nostalgie » avec leurs professeurs d’Histoire. Des chansons utiles donc.
Il reste une question qu’on peut légitimement se poser : Louis Chedid, est ce que ça parle aux mômes ? Bien sûr, beaucoup comme Féli ne connaissaient « que de nom » ou avouent avoir d’abord entendu parler du talentueux rejeton, -M-.
Chad, lui, s’est « aperçu qu’il connaissait des chansons sans savoir que c’était de lui ». Valentine est d’abord passée par la case Soldat rose. Mais tous sont tombés instantanément sous le charme de l’artiste. Parce qu’« il y a de l’entrain, même dans les chansons tristes », parce que cet « univers plaît par son côté joyeux », parce qu’« écouter Louis Chedid, ça change par rapport à ce qu’on entend à la radio » et parce que tout cela évoque « un monde magique, comme celui des poupées, celui d’Alice ». Pas étonnant, quand on sait que très tôt l’artiste fut fasciné par Lewis Carol. En tout cas, au moment de monter sur scène, ils sont tous d’accord : « Chedid c’est trop bien! ». Décidément, la vérité sort de la bouche des enfants, après être entrée par leurs oreilles.
Ce soir, tous les acteurs et les spectateurs de l’Aube à l’Unisson sont convaincus qu’un artiste authentique a posé ses bagages à Troyes pour une semaine parce que comme dit Maud, « ce qu’il met dans ses chansons, c’est vraiment lui! »
Ce soir, en sept chansons, 800 gamins et un monsieur en pantalon à carreaux nous ont rendus plus humains.