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Guillaume Le Ray > Itinéraire d’un enfant gâté

C’est étrange tout de même cette silhouette longiligne qui parcourt les travées du gymnase de l’édition 2011 l’atelier choral des Nuits de Champagne, flottant au-dessus d’une marée de 800 voix aimantées par sa seule parole. Le crescendo se lève comme un raz-de-marée et Guillaume Le Ray en finit avec cette Heure bleue chanson qu’il affectionne tant. C’est son premier Grand Choral en tant que chef de choeur, l’occasion pour nous de jeter un coup d’oeil dans le rétro.


Crédit photo : Eric Carjot
Crédit photo : Eric Carjot
Ça commence dans le pays nantais. Chez les Le Ray, on fait du piano comme on se brosse les dents, et comme Maman est responsable régionale à Chanson Contemporaine, on retrouve rapidement le petit (si, si, il l’a été un jour) aux colos chantantes de l’ami Gérard Fardet pour chanter du Steve Waring ou monter l’improbable comédie musicale Safari dans le Cosmos. Voilà comment commence une longue carrière de pianiste accompagnateur on ne peut plus ordinaire. Sauf que le petit morveux n’a que 7 ans... Pas trop capricieux, il accepte d’attendre ses onze ans pour donner le La cette fois-ci à des chorales d’adultes. Il a seize ans quand Jean-Claude Valembois, au bon souvenir de ce petit virtuose aperçu six ans plus tôt sur une scène ouverte, décide de passer un coup de fil à sa mère: «On cherche quelqu’un pour animer les ateliers d’été des pianistes». Il ne quittera plus le sérail de Chanson Contemporaine, et ceci pour une excellente raison: «J’y suis bien, ici c’est aussi ma famille». A partir des Nuits de Champagne Gréco-Gainsbourg (1996), il devient incontournable au clavier du Grand Choeur.

Crédit photo : Stéphane Synodinos
Crédit photo : Stéphane Synodinos
Côté direction, le Choeur Régional Terre Atlantique lui donne l’occasion de forger ses premières armes. Tout s’accélère lorsqu’il monte à Paris: il revend sa vieille Ford Sierra Diesel parce que «là-bas ça ne sert plus à rien» et multiplie les expériences musicales parce que c’est beaucoup plus utile. A la tête des Kardetons, il rencontre Ferrat et accompagne Julien Clerc sur deux titres en tournée. Il est mûr pour diriger le Choeur Régional d’Ile de France Chansons et s’impose deux passages aux Ateliers d’été pour perfectionner sa technique.

Crédit photo : Stéphane Synodinos
Crédit photo : Stéphane Synodinos
Jusqu’à ce jour pas si lointain où Brice BAILLON, Directeur artistique et musical du Grand Choral lui propose de piloter un boeing de 800 passagers.
«Je me suis forcé à rester stoïque: reste calme Guillaume.» Quinze jours avant d’en parler à Papa et Maman, une éternité... Mais bon, il avoue que le gros moment de stress a fini quand même par lui tomber dessus juste avant d’entrer sur scène la première fois. L’espace d’un instant, il a perçu le vertige qui guettait: «Tu te rends compte que pendant 40 minutes, ces 800 personnes ne regardent que toi et qu’ils réagissent dans la seconde au moindre geste. Le soir quand tu te regardes dans la glace, tu te dis c’est moi qu’ils suivaient comme ça..»

Crédit photo : Stéphane Synodinos
Crédit photo : Stéphane Synodinos
Mais aucun risque de choper la grosse tête, il reste à l’écoute de tous les conseils, que ce soit ceux de Maud ces compères chefs de choeur, «un amour avec moi», ou ceux de sa petite sœur : «Fais gaffe, on t’entend vachement respirer dans le micro»...Et, lui qui se dit très technique, très précis, parfois trop, s’émerveille de ces émotions vers lesquelles il essaie de vous amener : «Pendant L’heure bleue la chanson (« L’heure bleue », de Jean Louis Aubert, ndlr), ce que j’avais là, dans le bide, c’est eux les choristes qui le sortaient, cette souffrance, la difficulté d’un couple, son essoufflement après le merveilleux.»
Pour Guillaume, tout ça continuera après, ailleurs?: «La polyphonie existe partout: c’est magique la chorale, que ce soit devant le Grand Choeur ou à Trifouilly-les-Bécasses. C’est magique!»