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A la rencontre de Romain Didier

Les 16 et 17 avril, le Chœur Nantes Atlantique a permis à deux cent cinquante choristes de découvrir un joyau méconnu de la chanson française : Romain Didier. A la direction ce week-end, Maud Galichet et Fabrice Pereira. Au piano, Guillaume Le Ray.

Répertoire :
> J'en veux pas d'votre guerre (Didier) par Fabrice Peirera
> Etrangement (A. Leprest - R. Didier) par Maud Galichet
> Madame untel (R. Didier) harmionisé par Martin Le Ray et dirigé par Maud Galichet
> Le fou de Bassan (A. Leprest - R. Didier) harmonisé par Brice Baillon et dirigé par Fabrice Pereira

N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur le livre d'or de ce week-end chantant (voir en bas de cette page).


Crédit photo : Stéphane Synodinos
Dans la plus grande simplicité, il s’est avancé. Vers 16h samedi dernier, Romain Didier a fait son apparition dans la salle festive de Nantes Nord, où répétaient deux cent cinquante choristes originaires de la région et de contrées plus lointaines encore. D‘emblée à l‘aise, l’invité déclare : « Je suis très content d’être ici… C'est assez étrange de passer du stress des embouteillages à cette salle de répétition où l’on fredonne mes propres chansons ! » Comme en 2009 autour de l’artiste Anne Sylvestre, le Chœur Nantes Atlantique (et notamment Martin Le Ray qui en assure la direction) ont voulu faire découvrir au plus grand nombre l’univers d’un auteur-compositeur-interprète hors-norme. Pendant deux jours de travail, quatre pièces du répertoire de Romain Didier ont donc été revisitées, grâce à la belle énergie de deux chefs de chœur, Maud Galichet et Fabrice Pereira, et d’un pianiste émérite : Guillaume Le Ray.

Romain Didier
Pour Martin Le Ray, à l’origine du projet, il s’agissait de proposer à l’artiste invité de s’investir pendant les répétitions et lors d’une manifestation publique avec les choristes en conclusion du week-end. Déjà rompu à l’exercice de style pour avoir collaboré avec divers chœurs dans le passé, « Romain Didier n’a pas été difficile à convaincre », explique Martin.  Lui qui connaît l’œuvre de l’auteur-compositeur-interprète depuis des années et qui fut marqué par l’un de ses concerts donné en 2005-2006, est ravi de faire découvrir cet artiste « méconnu qui a pourtant de la bouteille ». Né dans un pays que l’on retrouve souvent dans ses chansons, l’Italie, Romain Didier est un pianiste autodidacte qui a beaucoup écrit pour les autres. Sa carrière commence en 1970 et sera jalonnée d’une vingtaine d’albums, et de moult récompenses comme le Grand Prix de l‘Académie Charles Cros, par trois fois. Il est l’un des plus fidèles complices d’Allain Leprest, « son frangin de 25 ans » et « jumeau de vécu et de milieu social » avec qui il collabore régulièrement. Ciselés et puissants, les textes et musiques de Romain Didier ont émerveillé l’assemblée de ce week-end. Invités à découvrir l’artiste sur scène le samedi soir dans la salle de concert Paul Fort au centre-ville de Nantes, les choristes ont été conquis. Bruno s‘avoue « bluffé par le pianiste » tandis que Marie-Claire le trouve avant tout « bon chanteur ». L‘initiative du Chœur Nantes Atlantique a donc a été couronnée de succès, comme en attestent les visages rayonnants à la fin du week-end. Et celui de Romain est sûrement le plus lumineux de tous.

Fabrice Pereira
Mais pour parvenir à cette aubade finale triomphante, il a fallu se retrousser les manches ! Des heures de répétition ont été nécessaires pour parvenir à la maîtrise des quatre morceaux proposés. Fabrice Pereira a dirigé deux premiers titres : « Le fou de Bassan » et « J’en veux pas d’votre guerre ». Ce dernier titre, éloquent, est l’un des premiers singles de Romain, sorti en 1981 et intégré à l’album « Piano public » qui sortira cinq ans plus tard. Il a été harmonisé pour l’occasion par Brice Baillon. Comme l’explique Fabrice, « les couplets sont très puissants et le refrain fait contraste par sa délicatesse et sa douceur. Les sopranes et basses y chantent à l’unisson, une association plutôt rare, et sont ensuite rejoints par les alti et les ténors… comme s'ils prenaient corps tous ensemble pour passer le message ».

Maud Galichet
Sur « Le fou de Bassan », harmonisé par Martin Le Ray, Romain Didier évoque la solitude d’un homme qui s’écrit « des mots, des cris, des maux d’amour ». Une solitude portée par deux cent cinquante choristes, une première dans l‘interprétation de ce morceau (Romain a chanté avec les choristes sur ce titre). D’où un résultat « très symphonique dans le vocal », comme l’explique Fabrice. « Les quatre voix suivent en fait la partition des cordes, d’où ces couleurs, cette richesse. Les départs sont différents pour chaque pupitre, on imagine aisément le mouvement des vagues, qui se muent en marées sur le refrain ».

Pour la suite, un titre un peu plus léger, « Madame Untel », monté par Maud Galichet. Extrait de l’album « Délassé » paru en 2003, il s’attarde sur la rencontre d’un homme et d’une femme, en partant des minutes qui ont précédé l’évènement. Maud « raffole de ces chansons à histoire où l’on ne sait pas quel sera le dénouement ». Sur ce « simple tutti à trois voix, les lignes mélodiques évoquent la musique des films de Claude Lelouch, de certaines comédies musicales aussi… ». La difficulté rythmique et mélodique a été « difficile à mettre en chœur » pour l’harmonisateur Martin Le Ray. « Il y a beaucoup de variations, de changements de tonalité. J’ai préféré l’arranger avec simplicité, à trois voix ».

Guillaume Le Ray
Le dernier morceau travaillé lors de ce rassemblement est « Etrangement », harmonisé par Christophe Allègre, qui obtient la palme d’or des choristes : pour Maryvonne, Christiane, Marie-Thérèse, trois copines inséparables, cela ne fait aucun doute « c’est la plus agréable à chanter ». Issu de « Piano Public » sorti en 1986, il « décrit comme un tableau » la richesse des visages des enfants du Nord de la France, « moitié Roubaix, moitié Tanger ». Une ode à la rencontre qui collait parfaitement avec l’ambiance du week-end. Maud l’avait annoncé dès le départ : « le chant favorise les rencontres ! » Il semblerait que les multiples exercices du dimanche matin, passé dos à dos sur le sol ou en marche chantée ont aidé les plus timides à se dérider ! Clou du week-end, la simplicité de Romain Didier, qui a régulièrement remplacé Guillaume au piano, pour lui offrir un peu de répit sans doute ! Les chefs de chœur et choristes n’en reviennent toujours pas ! 

L’artiste s’est dit très satisfait de l’harmonisation proposée de ses morceaux : « Il n’y a pas eu de volonté de changer l’écriture d’origine, la voix est au toujours service de la chanson, je pouvais accompagner les choristes au piano sans difficulté ». Pour lui, « au-delà d’une qualité l'accueil assez exceptionnelle, le résultat en deux jours de défrichage est impressionnant ». Spontanément Romain Didier confie : « je suis ravi de pouvoir chanter à nouveau mes anciens titres, n’ayant plus l’occasion de les interpréter en concert. Et puis j'ai vraiment pris mon comptant de plaisir musique ce week-end… Le partage était tel que si les deux cent choristes étaient venus dans mon salon, je me serais senti aussi à l‘aise ». Fabrice Pereira avait donc vu juste : « on a l'impression qu'il est à la maison » confiait-il en début de week-end. Une édition qui restera dans les annales, sans aucun doute.

Cécile MOFFROID

Reportage photos de Stéphane Synodinos

Dépliant de présentation : CLIQUEZ ICI